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Né en 1906 dans l'ancien comptoir portugais de Joal, dans un Sénégal qui constituait l'un des fleurons de l'ancien empire colonial français, Léopold Sédar Senghor nous a quitté le 20 décembre 2001. |
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Premier président de la République, en 1961, (au début de l'indépendance du Sénégal), ami de Georges Pompidou, son condisciple de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de grammaire, et académicien, il est avec Aimé Césaire, l'un des principaux initiateurs du mouvement de la Négritude. "La Négritude est la simple reconnaissance du fait d'être Noir, et l'acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture". écrit-il en 1934 dans la revue "L'Etudiant noir". Il concilia toute sa vie les plus hautes activités poétiques et politiques. En 1978, il fut le président d'honneur du Premier Festival International de Poésie de Paris organisé par Jean-Pierre Rosnay, qui reçut à cette occasion des poètes de 37 pays différents dans la capitale française. Durant la Deuxième Guerre mondiale, il est prisonnier pendant deux ans en Allemagne. Après son retour de captivité, il entame une carrière politique dans la France libérée: élu député du Sénégal à l'Assemblée nationale en 1945, siège qu'il conservera jusqu'en 1959, il est secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil sous Edgar Faure (1955) et ministre-conseiller du fondateur de la Ve République, le général de Gaulle (1959). En 1960, il est député à l'Assemblée législative du Sénégal nouvellement indépendant. Il est ensuite élu président. Son « exemplarité »a été saluée, notamment pour avoir accepté de quitter le pouvoir en 1980 après avoir instauré dans son pays un climat de tolérance unique en Afrique. Il n'hésita pas, néanmoins, à emprisonner pendant douze ans l'un de ses rivaux, Mamadou Dia. Parallèlement à cette carrière politique, qui a fait de lui l'un des "sages" de l'Afrique, Senghor avait poursuivi une oeuvre littéraire abondante et louée pour son originalité. Marié à une Française, l'ancien président du Sénégal vivait depuis plusieurs années à Verson, une petite commune du Calvados de 3.600 âmes, à 8 km de Caen. Grand poèteS'il avait dû choisir, Léopold Sédar Senghor, décédé jeudi à l'âge de 95 ans, disait que de sa "triple vie" d'homme politique, de professeur et de poète, il aurait sauvé ses poèmes. "C'est là l'essentiel", ajoutait-il. La poésie, "forme la plus accomplie" de la culture. La culture, "fondement et but ultime de la politique". Ses poèmes et écrits étaient en français, langue dont il savait "les ressources, pour l'avoir goûtée, mâchée, enseignée". "Chez nous, les mots sont naturellement nimbés d'un halo de sève et de sang; les mots du français rayonnent de mille feux, comme des diamants". Par cette phrase, il donnait une clé de son oeuvre, métissage de la négritude et de la francophonie. A 17 ans, Senghor compose ses premiers poèmes, sous influences de Victor Hugo, Lamartine et Chateaubriand. En 1932, avec Aimé Césaire, il "invente" la théorie de la négritude, parce que, dit-il, "nous sommes des métis culturels, parce que, si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français". "Nous sommes des lamantins qui, selon le mythe africain, vont boire à la source comme jadis lorsqu'ils étaient quadrupèdes ou hommes". |
Senghor se révèle en 1945 avec un premier recueil « Chants d'ombre », une poésie lyrique où s'expriment la solitude de l'exilé et "le regret du Pays noir", l'amour et la beauté de la femme. "Nuit d'Afrique, ma nuit noire mystique et claire, noire et brillante "O ma lionne, ma beauté noire, ma nuit noire, ma noire nue". En 1948, « Hosties noires » raconte le combat les tirailleurs sénégalais morts pour la France. Une poésie aux formes classiques, très occidentales, en des versets rythmés, proches de Claudel ou Saint-John Perse, mais en même temps faite d'odeurs, de couleurs, musiques où les mots comme kora, filao, potopoto, saudade, appartiennent au patrimoine et au quotidien africains. Le poète Pierre Emmanuel saluait en Senghor ce "français d'ébène aux odeurs si cambrées". Parallèlement à sa poésie, les cinq volumes de « Liberté I, II, III,IV et V » (1964 à 1992) recueillent ses textes politiques. "Assimiler sans s'être laissé assimiler", sa devise d'homme politique, valait également pour son art poétique, parfois contesté parce que "trop blanc pour les Africains et trop noir pour les Blancs". L'homme politiqueFondateur, en 1948, du Bloc démocratique sénégalais, critique envers le système des combinazzione parlementaires, il est nommé secrétaire d'Etat dans le gouvernement d'Edgar Faure, en 1955. Figure altière et militante de la gauche démocratique, il est aussi devenu un écrivain majeur, dans la lignée de Saint-John Perse ou Pablo Neruda, avec le sublime Hosties noires (1948) et Ethiopiques (1956). Et lorsque la République française souhait laisser à eux-mêmes ses anciennes colonies d'Afrique de l'Ouest, il est nommé président de l'Assemblée de la fédération du Mali en 1959, puis premier président de la République du Sénégal à l'indépendance, en 1960. Senghor le catholique, socialiste anti-soviétique, francophile anti-colonialiste, habile à charmer ses opposants ou à châtier ses ennemis, il sera réélu en 1963, 1968, 1973 et 1978, dans un pays très majoritairement musulman. Il démissionnera de son plein gré fin 1980, phénomène très rare sur le continent africain, laissant le pouvoir à celui qui avait été son Premier ministre onze ans durant, Abdou Diouf. Marié avec la petite-fille d'un marquis normand, Senghor, élu à l'Académie Française, avait pris sa retraite dans le minuscule fief de sa belle-famille, dans le Calvados. Il fut l'homme de la "civilisation de l'universel", de la conscience noire et de la profonde beauté du monde, de l'espèce humaine, de son action et de ses chants. « Ma Négritude point n'est sommeil de la race mais soleil de l'âme, ma négritude vue et vie Ma Négritude est truelle à la main, est lance au poing Réécade. Il n'est question de boire, de manger l'instant qui passe Tant pis si je m'attendris sur les roses du Cap-Vert ! Ma tâche est d 'éveiller mon peuple aux futurs flamboyants Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole ! » Retour à l'historique |